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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /Juil /2009 15:33
De la mine à l’Assemblée Nationale

Joseph Legrand : une figure exemplaire du mouvement ouvrier



Fils d’un bouillant syndicaliste mineur
Joseph Legrand est né à Carvin le 2 juillet 1909. Son père était mineur et fervent syndicaliste. Il manifestait résolument des opinions anarchistes. Il s’attirait les foudres des dirigeants des compagnies minières et fut licencié 17 fois dans sa carrière de mineur. C’est dire si la vie familiale ne fut pas toujours facile.

Mais le père de Joseph était un excellent ouvrier et comme à la fosse 4 de Carvin où il travaillait, les tailles verticales exigeaient des mineurs particulièrement expérimentés, la compagnie ne pouvait se passer des meilleurs éléments qui étaient souvent des « fortes têtes ».
Pour preuve de l’attachement farouche de son père à ses opinions révolutionnaires, Joseph racontait que, grièvement blessé à la jambe dans son travail, il avait refusé de se faire amputer « pour ne pas devenir à la charge de la société capitaliste ». Seul Joseph avait le droit de lui faire les pansements et son père mourut de la gangrène en 1920.

L’engagement politique précoce

Le jeune Joseph à 11 ans obtint le certificat d’études. Il travailla quelques temps dans le textile puis, pour rapporter une plus grosse paie au foyer, voulut entrer à la mine. Mais la compagnie minière de Carvin refusa de l’embaucher parce que son père, militant de la « Libre Pensée » avait été enterré civilement !
Joseph dut partir sur Lens où il devint mécano aux Mines de Lens.
À 19 ans, il adhère aux Jeunesses Communistes et devient vite le secrétaire de la section de Carvin. Il va y côtoyer très tôt un militant de la CGTU et du Parti Communiste particulièrement actif et populaire chez les mineurs : Cyprien Quinet.

Responsable syndical unitaire

En 1935, Joseph Legrand devient responsable de la CGTU pour le secteur de Lens-Meurchin et conserve cette responsabilité dans la CGT après la réunification de septembre 1935.
Il accompagne Cyprien Quinet dans ses tournées électorales. Celui-ci sera élu conseiller général en 1935 puis premier député communiste du Pas-de-Calais en 1936.
En 1939, licencié des mines de Lens, Joseph Legrand devient secrétaire de la CGT du Pas-de-Calais.

Prisonnier de guerre, évadé

Dès le début de la guerre, Joseph est mobilisé puis envoyé au front. Fait prisonnier à Nancy, il est repéré et envoyé en commando à Bandebourg. En 1944 il s’évade et rejoint les troupes soviétiques.
En 1945, il est élu secrétaire du puissant syndicat CGT des mineurs du Pas-de-Calais, puis en 1946 secrétaire de la Fédération Nationale des Mineurs. Il jouera un rôle important lors des grandes grèves de 1947 et 1948.

Dirigeant communiste

Partageant son temps entre ses activités syndicales et politiques, il fait le choix de se consacrer en priorité au Parti Communiste et en février 1949, il succède à René Camphin au poste de premier secrétaire de la fédération communiste du Pas-de-Calais.
Puis il est élu au Comité Central du Parti Communiste.
En 1951 il reprend des responsabilités syndicales comme secrétaire de la CGT du Pas-de-Calais et membre du Conseil National de la CGT.
Puis il devient un membre influent de la direction de la fédération départementale du Parti Communiste, membre du Bureau fédéral de 1958 à 1973.

Elu coup sur coup député et conseiller général

En 1973, Joseph Legrand va pouvoir donner une nouvelle dimension à ses capacités jusqu’alors exprimées dans les organisations syndicales et politiques.
Il est élu député de la 14ème circonscription (d’Hénin-Carvin) jusqu’alors détenue par les socialistes.
Bien que le Parti Communiste ait alors le vent en poupe (il obtient 31,26 % dans le Pas-de-Calais, et 6 députés) cette élection est néanmoins une surprise car Joseph Legrand gagne plus de 9 % au premier tour sur 1968 et il est élu au second tour avec 58,9 %.
Il a rendu à Carvin le poste de député communiste conquis avant lui, 37 ans plus tôt, par son camarade Cyprien Quinet mort en déportation déchiqueté par les chiens des SS.
Député infatigable, tant à l’Assemblée où il fera preuve d’une remarquable compétence sur les problèmes sociaux, que dans sa circonscription, il sera réélu en mars 1978 avec cette fois 42,7 % de voix au premier tour (+ 6,6 %) et 65,1 % au second.
Et il fera mieux encore en juin 1981, malgré un recul général du P.C.F.. Il obtiendra 71,6 % au second tour et restera le seul député communiste du Pas-de-Calais avec Jean-Jacques Barthe, jusqu’en 1986.
En 1973, il sera également élu, en septembre, conseiller général du canton de Carvin.
Joseph Legrand était un élu exigeant dans le suivi des dossiers et impressionnant dans la rigueur de ses interventions.
Sa grande culture, acquise par l’expérience associée à un insatiable appétit de lecture, lui valut d’être particulièrement apprécié dans les services culturels départementaux.

Maire de Carvin

En 1977 la population de Carvin, qui depuis la libération votait majoritairement pour le P.C.F., mais n’avait connu qu’un court instant un maire communiste (de 1945 à 1947) voulut à son tour profiter pour sa ville des qualités reconnues partout, à son député et conseiller général.
Rompant avec les alliances PS/droite, les Carvinois choisissent Joseph Legrand pour diriger la commune. Ils n’eurent pas à le regretter et apprécièrent en lui un élu d’une grande largesse de cœur et d’esprit.
Réélu maire en 1983, Joseph Legrand décida de prendre enfin une retraite méritée et en 1985, il céda son siège à Odette Dauchet devenue elle aussi conseiller général du canton de Carvin.

Une action déterminante pour Carvin

Son action et celle de son équipe municipale ont été d’une rare importance pour Carvin. Ils ont mené une politique du logement équilibrée et dynamique. Ils ont créé les zones industrielles du Château et de la Fosse 14 pour développer l’économie et l’emploi dans la ville. Ils ont construit des écoles. Ils ont créé le Centre Effel en transformant l’ancienne gendarmerie. Ils ont initié une politique culturelle facilitant les pratiques artistiques des Carvinois. Ils ont développé les services de la jeunesse et d’aide aux personnes âgées. Ils ont développé la pratique sportive en créant des salles de sport.
En un mot, ils ont réveillé Carvin.

Fidèle à sa région et à son idéal

Cette succincte biographie de Joseph Legrand parle d’elle même de la richesse d’une existence toute entière consacrée à la défense de ses semblables et restée fidèle à un idéal forgé dès l’enfance, affiné et enrichi par l’expérience.
Fidèle aussi à sa région, élevé dans les corons de Carvin, Joseph Legrand a fini sa vie à Carvin, « rue du Terril » dans le quartier de la fosse 4, le 25 novembre 1998.
Ceux qui l’ont le mieux connu gardent de lui le souvenir d’un militant pondéré, infatigable, rigoureux et d’une honnêteté exemplaire.

Par Pour vous, avec vous
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