Les jours heureux,
un livre de « Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui »,
Éditions La Découverte, 200 p., 14 €.
Entre N. Sarkozy et les jeunes résistants de 1943, où sont la jeunesse et la modernité ?
L’association « Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui » a été créée en décembre 2008, après que N. Sarkozy est allé en pèlerinage au plateau des Glières, en Savoie, haut lieu de la Résistance. Ces citoyens se sont plongés dans la lecture du programme du Conseil national de la Résistance (CNR). Son titre : « Les jours heureux ». Il a été publié pour la première fois le 24 mars 1944, alors que les Allemands occupaient notre pays. Le texte lui-même est relativement court (14 pages). Il est remarquable par l’unité de toutes les composantes de la Résistance qui l’ont signé et qui va des communistes aux gaullistes. Sa première partie concerne les modalités de la lutte à mener pour libérer le pays. La deuxième partie pose les bases d'une « véritable démocratie économique et sociale » à construire après la Libération : la Sécurité sociale, les retraites par répartition, les droits des travailleurs dans l'entreprise,... toutes ces réformes engagées à la Libération en sont issues...
On apprend comment est né le CNR, qui unissait les différents mouvements de résistance, sous l’impulsion de Jean Moulin, puis comment a été fait ce programme et enfin comment le premier gouvernement issu de la libération a mis en œuvre les propositions du programme. Ainsi des nationalisations capitales pour le pays ont été faites : le crédit, la Banque de France, les banques de dépôt, les houillères du Nord-Pas-de-Calais, Renault, gaz, électricité,… On y voit aussi les grandes réformes sociales qui en découlent : la Sécurité sociale, la retraite par répartition, les droits des travailleurs, la journée de 40 h rétablie,… et de nouveaux droits démocratiques qui seront repris dans le préambule de la Constitution de la IVème République.
Ces réformes fondamentales ont été faites quand le pays était en ruine. On ne pourrait plus les assumer alors que le pays est riche ?
Les financiers et leurs représentants n’aiment pas ce programme issu de la Résistance, il est trop gênant pour ceux qui veulent s’enrichir sur le dos des autres. Les manœuvres pour revenir sur ce programme ont commencé il y a longtemps et se sont accélérées avec N. Sarkozy.
Denis Kessler, l'ex-vice-président du Medef, déclarait, en octobre 2007 au magazine Challenges :« Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. »
La réédition, soixante-six ans plus tard, aux éditions La Découverte, va bien au-delà de la leçon d'Histoire. Jean-Luc Porquet, le journaliste du Canard enchaîné auquel revient cette idée, a voulu montrer, spécialistes à l'appui, « comment Sarkozy accélère la démolition » dudit programme. Vingt-cinq ans de détricotage de notre système social, des retraites à la Sécu (la gauche socialiste n'est pas épargnée), sont racontés avec les dates clés, montrant ce qu'on n'avait pas forcément saisi à chaud : la logique perverse du démantèlement global de notre système de protection. 1993, la réforme du gouvernement Balladur apparaît ainsi comme un des points de rupture essentiels ayant provoqué une baisse de l'ordre de 36 % du niveau des retraites, en raison du changement de leur mode de calcul. Les auteurs ne nient pas les nouvelles questions d'aujourd'hui (allongement de la durée de la vie, assèchement des comptes publics sous l'effet de la crise mondiale...), ils pointent juste la lente démolition d'un système que la gauche, notamment, n'a pas su protéger. Au fond, rien de moins que la question du partage, l'idéal d'un monde plus juste auquel aspiraient déjà les résistants de 1944. Ce programme de la Résistance et ce livre qui le fait revivre ont été la vedette d'un rassemblement plein d'espoirs, le 16 mai dernier, sur le majestueux plateau des Glières, grand lieu de la Résistance en Haute-Savoie. Sans slogan ni banderole, près de trois mille personnes se sont retrouvées à l'initiative d'une petite association savoyarde, « Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui », contre la démolition du programme du CNR. Sous le parrainage des grands résistants Raymond Aubrac et Stéphane Hessel, on y a parlé retraites, sécurité sociale pour tous, médecine de quartier, justice, presse libre... Une réunion d'anciens combattants ? Tout le contraire. A 1500 mètres d'altitude et à 2 °C (bien pesés), il flottait sur le plateau des Glières un air... vivifiant. L'idée d'un possible. Une sorte de mini-laboratoire de refondation de la gauche.


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